Vague froide
Pierre Belouïn et P. Nicolas Ledoux
- 15 octobre 2010 au 30 janvier 2011
Vague froide
Pierre Belouïn et P. Nicolas Ledoux
15 octobre 2010 au 30 janvier 2011
Le travail des artistes Pierre Beloüin et P. Nicolas Ledoux produit des « images objets » observées depuis le monde de l'art que son histoire et son actualité projettent : c'est-à-dire un vortex de désillusion, une naine brune qui n'éclaire plus rien.
Pierre Beloüin et P. Nicolas Ledoux travaillent ensemble ou séparément. Leur pratique s'inscrit dans le territoire de l'art contemporain. Ils observent de manière caustique et pleine d'humour les acteurs et les productions récentes de l'art et de son histoire.
Comme beaucoup d'artistes, leurs œuvres prennent plusieurs aspects. Photographies, installations visuelles et sonores se répondent et se font écho dans le cadre du projet qu'ils ont élaboré spécialement pour cette exposition.
Vague Froide est le titre générique et nomme l'objet même de l'exposition. Le nouveau projet de ces deux artistes interroge l'image, l'objet image, la peinture comme espace de représentation. En référence au titre, l'exposition est une mélopée visuelle et résonnante au mouvement cold wave, fil musical qui vibre ici comme un attribut désenchanté à une humeur noire.
Leur production joue également sur des images devenues des « icônes » de la peinture, de l'histoire de l'art, de la musique... Il ne s'agit pas dans leurs travaux de renier cette histoire, ou de se positionner comme « iconoclaste » mais au contraire de poser quelques questions sur la manière dont ces images traversent le temps et l'histoire, et comment cette acceptation culturelle et l'usure des images interviennent. Comment des productions picturales avant-hier si décriées, sont-elles devenues au cours du siècle qui vient de s'écouler, le symbole emblématique d'investissement monétaire ? L'ombre de Gustave Courbet est présente avec deux œuvres revisitées. Cette figure de Courbet incarne ici la figure égotique de l'artiste en rébellion avec les systèmes des politiques culturelles et le jugement artistique du « bon goût » de chaque époque. Elle dessine également la statuaire de l'artiste contre, et souvent tout contre le pouvoir. De cette ambivalence des relations entretenues avec lui naît une situation embuée de l'artiste et de son ego. Le flou de sa propre résistance trouve ses limites dans cette tension conflictuelle avec le politique dont la présence égocentrée cherche également une reconnaissance publique qui serait aussi précieuse et adulée que celle de celui qui « crée ». Au cours du temps, l'artiste est devenu à son tour une figure ethno politique tout comme l'agence de l'art et ses commissaires.
L'œuvre, Bas Relief (pour Claude Lévêque) s'apparente à une longue vague qui s'étire sur toute la longueur de la galerie. Elle est constituée d'éléments et de fragments que les recoins des paysages urbains connaissent bien. Elle est comme une chanson pleine de « réalisme » qui, d'une certaine manière, sanctuarise les créatures artistiques de ce dernier demi-siècle et l'ensemble de leurs clones. Cette « sculpture image » est issue d'une observation sur un terrain vague ou d'un chantier de construction. Cependant, elle peut être issue également d'une rémanence muséale. De ce tronçon observé où se trouvait cet empilement à la manière d'une poubelle sauvage, les artistes en démultiplient ou en étirent la forme pour en constituer un paysage, relief d'une urbanité où subsistent ou se recréent des anfractuosités sauvages. Cette situation de pollution urbaine est considérée ici par les auteurs comme une présence poétique malgré l'apparente incongruité du contenu.
L'ambiguïté de la paternité des œuvres produites est orchestrée ici avec une savante dilution à propos de ce qui conduit l'art à être phagocyté par les agents de la communication. L'art n'est plus depuis plusieurs décades un objet communicant, mais envisagé bien davantage comme un rituel totémique de communication. De sorte que, la pièce Nous étions déjà morts dans les années 80 est comme un reliquaire, une oraison au seuil de l'exposition. Les deux couronnes qui accompagnent cette déclaration augurent de nouveau un propos déjà annoncé sur l'art et sa mort. À moins que cette annonce du deuil des deux Pierre énonce de manière facétieuse d'autres binômes de cette sphère artistique, sorte de compagnonnage « faussement » référentiel en direction d'alter ego (Gilbert & George, Eva & Adèle, Dupont & Dupond, Dewar & Gicquel, Diller & Scofidio...) Couple imprévu, constant ou circonstanciel ? Qu'est-ce qui (ré)unit ces Pierre dans cette présence dos à dos sur un P.L.V (Publicité sur lieu de vente) alors qu'ils regardent dans deux directions opposées : art ou communication ? La mise en place de cet outil promotionnel est un simulacre, une effigie « pauvre » où l'art et son langage sont mis en image. Ce portrait langage indique un syncrétisme de leur pensée et les lectures ouvertes du processus de l'exhibition à propos de « l'art de communiquer » ou de la « communication de l'art ». C'est ici encore une autre question posée par les artistes qu'il faut démêler parmi le bruit de fond ambiant, une recherche du bruit blanc, un reste de souffle.
Pierre Beloüin et P. Nicolas Ledoux envisagent leur travail pour cette exposition comme une nécessité de conjuguer l'écologie des systèmes de production d'œuvres et d'images. Elle est une sorte de « réalisme impressionnant », un objet bienveillant en direction de l'art, de son histoire et de ceux qui la produisent.
