Shadow - Self-portrait - Transparences
Eric Mareau
- 19 au 28 mars 2008
Shadow - Self-portrait - Transparences
Eric Mareau
19 au 28 mars 2008
Une tension nécessaire, à propos du travail d’Eric Mareau.
Le travail d’Eric Mareau s’organise autour d’une recherche permanente des contractions, et des équilibres de toutes sortes. Corps, matériaux se tendent dans l’ensemble des pièces qu’il a jusqu’à aujourd’hui construit, assemblé ou filmé. Son travail de sculpture établit des filiations directes avec Richard Serra, et l’aspect monumental de ses œuvres et la masse qui tend l’écrasement potentiel du regardeur. Fulcrum, Vortex, Wake, View Point sont des réalisations magistrales qui marquent l’esprit d’Eric Mareau. Cette monumentalité, élégante et écrasante par son génie, constitue un cadre de réflexion sur la sculpture, et l’action créatrice à mettre en œuvre pour Eric Mareau. Dès lors, si cette puissance, révélée par Serra, est au sein de ses préoccupations, son travail n’écarte pas une filiation possible avec un artiste comme Giuseppe Penone. La puissance de la nature est présente sous plusieurs aspects et tangible dans cet assemblage de force et fragilité constitutives au vivant. Ce frottement, de « natures » a priori opposées en apparence, est mis au jour par la décortication de l’œuvre réceptacle notamment dans la pièce intitulée Cèdres Versailles qui met à nu le squelette de l’arbre, et sa croissance alors dissimulée sous les strates de son évolution, de sa maturité écartelée.
Dans les productions photographiques et vidéographiques qu’Eric Mareau réalise, ce sont également des formes de résistances qui le préoccupent et qui sont d’une certaine manière dissimulées sous la chair. Un dessous de l’écorce comme un dessous de la peau du sujet photographié ou filmé fixe la mécanique des corps. C’est peut-être la raison pour laquelle, ce qui retient l’attention d’Eric Mareau dans les travaux de Muybridge et Marrey, ce n’est pas tant la fluidité apparente des corps et la décomposition du mouvement de tel ou tel être vivant, mais bien les résistances et les allongements qu’exercent les muscles dans leur mouvement et motricité. Le travail du corps, ses élongations en apparence souples et naturelles, dont les multiples modelés en action laissent apparaître la mesure de l’effort accompli avec grâce ou qui feint de l’être. C’est également l’un des points centraux de ses recherches.
Ce postulat des distensions est une des hypothèses qu’il s’impose comme élément constructif à son travail et à ses œuvres qui n’occultent pas la fragilité extrême qui se dégage de ses constructions notamment lorsqu’elles prennent l’aspect de sculptures. L’équilibre instable et donc la vulnérabilité de ses pièces est également un des éléments de sa grammaire de production. Le volume et la sculpture ainsi que leurs mises en espaces sont les points constitutifs de sa pratique. Lorsque son travail de sculpture est en action, il y a un ensemble d’apories qui se situe d’une certaine manière entre le roseau et le chêne, entre la souplesse et la robustesse. Pourtant cette antinomie de faculté entre deux éléments d’un même monde, le végétal, n’est d’une certaine manière qu’apparence. L’intrigue de son travail s’élabore justement dans l’éventualité de rendre le roseau puissant et le chêne d’une fragilité extrême. L’âpreté, la sévérité d’une poutre de bois par exemple, dans une condition d’installation, peut se muter en un élément si précaire, que sa masse, sa puissance n’autorise pourtant pas à percevoir comme fragile depuis son point d'assurance.
Ce qui conditionne son travail, c’est le point d’équilibre, « sensible » où une feuille tombe de son arbre, cet instant où la tige ténue retient encore la foliation du végétal. C’est ce point de rupture, cette nanoseconde qui le préoccupe, cet instant de déséquilibre, ce point critique et possible de l’édifice.
Dans le cadre d’une résidence au Wharf, cet artiste a présenté une nouvelle pièce vidéographique constituée de cinq moniteurs. Celle-ci a été élaborée depuis le dispositif qu’il avait lui-même proposé à Johannes Zits pour son exposition. Ce dispositif préconçu est devenu une règle du jeu pour réaliser cette œuvre conçue pour notre lieu. Cette production a été l’occasion d’une résidence dans nos locaux au cours de l’hiver 2008.
Shadow est une vidéo projection qui présente la silhouette d’un homme qui marche et de son
ombre. L’aspect graphique de ces « deux » personnages est identique. Deux marcheurs
perpétuels arpentent en saccade l’espace de projection. En quelque sorte deux ombres en
pleine lumière.
Self-portrait (Touch me) est un autoportrait composé d’un écran tactile dont la facture et
l’esthétique font références à une toile de « maître ». Le portrait de l’artiste est « invisible »
tant la mobilité du visage est rapide. L’image devient visible dès lors que le regardeur appose
un doigt sur l’écran afin de produire un arrêt sur image.
