Votive

Catherine Heard

  • 14 janvier au 11 mars 2006

Votive

Catherine Heard

14 janvier - 11 mars 2006

photo principale

L’œuvre de Catherine Heard est probablement difficile à inscrire dans la sphère des pratiques artistiques contemporaines. Les éléments qui constituent son travail relèvent à la fois d’un univers lié aux ex-voto et à la dévotion qui conduit à une relation aux objets dénués de vie, mais aussi aux empreintes de corps au sein d’espaces politiques et sociaux. C’est une relation singulière que l’artiste entretient avec la constitution de ses objets et figures qui sont habités d’un merveilleux. L’ensemble de ce travail pourrait s’inscrire dans une filiation évidente avec les Cabinets de curiosités et leur accumulation. Cependant cette perception peut mener à une vue tronquée de sa production. Les figures, personnages de cire, de plâtre ou de tissus, construisent ici une sorte de “ théâtre ” où la vision “ d’horreur ” côtoie un univers drolatique. Son appartenance est assumée à des univers où l’image et les représentations sont également issues des rêves et des cauchemars auxquels elle livre une présence sous la forme de fantasmagories. Ses recherches et réalisations peuvent également être en périphéries d’une production Lynchéenne et du ridicule posé par le regard de l’autre : “ définir une monstruosité ” pour mieux espérer “ le beau ”. Cet archétype du “ beau ”, à travers l’histoire de l’art et la statuaire classique, est ici une évocation pleine d’humour. L’artiste convie des personnages proches des fictions de Tod Browning, qu’elle anime tout comme ce cinéaste, d’une infinie tendresse afin de redresser certaines des inhumanités de nos communautés sociales. Ce que Catherine Heard évoque malgré certaines scènes d’effroi serait en quelque sorte la normalité de l’anormalité. Afin de percevoir d’autres aspect de son œuvre, il est essentiel également de relire l’ouvrage de Julius von Schlosser sur son Histoire du portrait en cire.  “ C’est dans l’Antiquité la plus obscure, en deux instances d’une civilisation déterminée par la religion, qu’est née la sculpture en cire ; dans les deux cas, elle apparaît porteuse de croyances transcendantes qui s’élèvent de l’univers offert aux sens de l’homme à un univers sublimé qui s’ouvre au-delà des sens. Ces croyances concernent la relation du vivant avec la divinité et celle du mort avec l’au-delà, le présent et la postérité : elles se matérialisent à la fois dans le domaine du culte votif et dans celui du rituel mortuaire. Dans les deux cas, il s’agit d’un ensemble de figurations, étroitement apparentées, de la vie primitive de l’âme. ” Les figures de cire de personnages célèbres ou d’inconnus décédés de manière “ naturelle ” ou brutale hantent certains conservatoires ou laboratoires invisibles du grand public. Ces galeries de personnages inertes créent une fantasmagorie de ces “ ratages ” comme la culture et l’esthétique Gréco romaine nous ont enseigné à reconnaître.  […] Ce sentiment du démonique explique qu’on atteigne le mieux son ennemi par la magie de l’image ; la plasticité de la cire s’est toujours prêtée à cette fin.
Par cet ensemble d’œuvres, exposé dans nos locaux, Catherine Heard poursuit le corpus d’interrogations sur la valeur et le pouvoir des Images que nous proposons à travers les différents projets présentés dans notre institution depuis plusieurs années.

Catherine Heard est artiste et enseigne l’art et l’histoire de l’art dans plusieurs universités.
Elle vit et travaille à Toronto.
     
Le projet de Catherine Heard, Votive a reçu le soutien des Services Culturels de l’Ambassade du Canada à Paris et réalisée dans le cadre d’une convention avec l’Université de Toronto, Canada.



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